jeudi 17 janvier 2013

INTERVIEW EXCLUSIVE: Rival Sons


En octobre dernier, Rival Sons jouaient devant un Casino de Paris sold out la dernière date de leur tournée européenne titanesque. L'occasion pour High And Loud de rencontrer Scott Holiday, guitariste charismatique et stylé du quatuor de Los Angeles, autour d'un verre. Jamais lassé de l'attention des fans et des medias, le californien assumait pleinement son rôle de leader d'une nouvelle génération de rockeurs décomplexés. Retour sur une rencontre électrique alors que le groupe vient d'annoncer une nouvelle tournée qui les verra passer par le Trabendo le 30 mars.

Comment te sens-tu en cette toute fin de tournée exhaustive?
J'aimerais avoir l'air inspiré, te dire que ça va être une soirée démente mais pour être honnête, je suis plutôt HS. On vient de jouer quarante dates, presque à la suite, et je suis crevé. J'ai chopé un gros coup de froid et du coup, je préfère m'économiser pour le concert et faire un show décent pour le public. Hormis la fatigue physique de fin de tournée, je suis hyper satisfait des concerts, le public nous a suivis dans tous les pays que l'on a pu visiter, les salles sont de plus en plus grandes, le groupe a acquis une bonne réputation scénique. Bref, nous sommes plutôt contents.
  
Qu'est-ce qui te manque le plus en tournée?
Mes enfants. Ma famille. Mon soleil de Californie (rires) et la plage. Mais surtout ma famille.


"Rival Sons? Des musiciens atypiques, prêts à sortir des sentiers battus, des gars ayant confiance en eux et libres." 

 

Revenons un peu sur l'histoire du groupe. Tu as lancé Rival Sons seul et tu as cherché des musiciens pour t'entourer. Quel type de gens cherchais-tu?
Je cherchais surtout des musiciens atypiques, prêts à sortir des sentiers battus. Pas forcément des mecs dont la passion est le rock. Des types sympas avec qui j'apprécierais de passer du temps, avec qui je pourrais partager mes idées musicales, qui auraient un vocabulaire musical comparable au mien et qui seraient capables de donner leur point de vue. Des gars ayant confiance en eux et libres, des gars avec qui je pourrais avoir une conversation musicale.

Qu'entends-tu par là?
Je veux dire des musiciens avec qui tu peux entretenir un dialogue au travers de nos instruments, de notre musique. Des musiciens talentueux capables de jammer.

Vous venez de Californie qui, au travers de nos medias musicaux européens st plutôt vue comme le pays de la pop, ou du rap, mais rarement du rock. Comment se porte donc la scène rock là-bas? Dirais-tu que Rival Sons est représentatif d'un courant rock californien?
Certainement. Tu sais, la Californie est un état très rock n' roll. On y vit une vie très libre, très débridée, très cool. On est sportif, on a de belles femmes. Les californiens sont rock par nature en fait. La scène en elle-même est assez éparpillée, les musiciens vivent plutôt dans leur coin et il faut donc les dénicher. Mais finalement, est-ce que je peux variment te parler de la scène rock californienne sachant que j'ai passé plus de temps sur les routes européennes qu'en Californie ces derniers temps?

Avant de lancer Rival Sons, tu jouais dans un autre groupe. Que cherchais-tu donc avec Rival Sons que tu n'avais pas avec ce groupe?
Le groupe dans lequel je jouais était plus...atmosphérique, on dira. On faisait plutôt du space rock, voire du trip hop. J'ai ensuite joué dans un autre groupe qui faisait déjà plus de rock que le précédent, quelque chose d'assez alternatif dans lequel j'ai beaucoup progressé en tant que guitariste rock. Et c'est cette évolution dans ma façon de jouer qui m'a donné envie de créer Rival Sons. Je voulais quelque chose de plus viscéral, de plus cru, de plus rentre-dedans, de plus rock en fait. Tu sais, le rock vient de la soul et je voulais retrouver cet esprit plus ... charnel.

Tu t'es inspiré de groupes dont tu étais fans?
Tout à fait. Je me suis aussi inspiré de groupes plus récents, même si je ne t'en ferais pas une longue liste. Mais j'ai tiré mon inspiration de groupes que j'adore toujours comme The Animals.

Eric Burdon vit d'ailleurs en Californie. Vous devez vraiment avoir quelque chose de spécial là-bas!
Définitivement. Eric Burdon est un gars intelligent!

Vous avez intitulé votre dernier album Head Down qui est un terme de boxe. Est-ce que cela signifie que vous vous attendiez à devoir vous battre pour cet album?
Tu sais, c'est un titre que j'ai proposé au reste du groupe et qui a en fait un sens assez large. "Head down" (ndlr: tête baissée) a un double sens pour moi. C'est à la fois une phrase qui exprime la détermination mais aussi l'humilité. Quand tu pries, tu baisses la tête. En sport, quand tu te dis "head down", ça a plutôt un sens de pouvoir, tu vas y mettre toute ta hargne et fonce. Je ne pense pas qu'on se soit dit que ça faisait référence à notre songwriting mais plutôt que ça résumait bien notre collection de titres.


"L'avantage de bosser vite, c'est que tu fais quelque chose de cru, de vrai, d'instantané. Tu captures des images de ce que tu ressens, tu captures ton instinct." 

 

Vous avez enregistré cet album en trois semaines. Est-ce que c'était voulu et est-ce que ça a apporté quelque chose de particulier à l'album?
Tu sais, on bosse rapidement et on ne veut surtout pas tergiverser des jours sur un morceau. Je pense que l'on est plus efficace quand on prend des décisions rapides. Et puis, tu sais, les groupes qui disent qu'ils vont mettre quatre mois à bosser sur un album, eh bien ils voient ces quatre mois se changer en huit puis en un an et demi. Il est tellement facile de procrastiner dans la musique. Tu peux te dire que tu vas refaire The Wall. Tu vois ce que je veux dire, te lancer dans un album qui sera le "meilleur album de l'histoire du monde" et en fait, tu te retrouves surtout avec de la merde, avec des titres trop produits, trop travaillés, trop réécrits. Ce n'est pas ça le rock n' roll. L'avantage de bosser vite, c'est que tu fais quelque chose de cru, de vrai, d'instantané. Tu captures des images de ce que tu ressens, tu captures ton instinct, exactement tout ce que tu ressens.

Vous avez gardé le même producteur que sur votre album précédent. Etait-ce important que ce soit avec lui que vous travailliez et a-t-il apporté quelque chose de particulier à votre son?
Il a travaillé sur tous nos albums et tu sais, il est vraiment difficile de trouver un producteur qui peut travailler à se rythme, se mettre corps et âme dans un album pendant trois semaines. Et en plus, il nous laisse une liberté inégalable il nous encourage à travailler le son qui nous plait sans imposer des directives purement commerciales.

Vous avez enregistré à Nashville. Etait-ce différent de travailler dans le Tennessee par rapport à la Californie?
Tu sais, nous n'avons pas vu beaucoup de différence car nous avons vraiment passé trois semaines à bosser, bosser, bosser. Qu'on soit à Los Angeles, Nashville ou en Antarctique, ça revient un peu au même pour nous. Mais nous avons quand même eu l'occasion de visiter un peu et les gens là-bas sont formidables. C'est une ville très musicale qui a une vraie âme.

Comment écrivez-vous vos chansons? Est-ce plutôt un travail de groupe ou est-ce que chacun amène ses titres?
Chez nous, c'est plutôt un travail de groupe. En général, j'amène un riff aux gars et pas grand chose d'autre. Ainsi, les titres restent frais et neufs, que ce soit pour moi ou le groupe. Parfois, mais très rarement, j'amène un produit quasi fini, mais Jay amène aussi des titres et on s'efforce de travailler une chanson par jour. On bosse de notre côté entièrement en acoustique au départ.

Peux-tu nous parler un peu de l'artwork de Head Down?
Bien sûr. C'est Jason Holley qui a travaillé de dessus. C'est quelqu'un que j'ai trouvé sur le net. Je voulais quelqu'un avec un oeil neuf, qui n'amène pas une photo mais quelque chose se rapprochant d'une peinture. Et je voulais un artwork animal car c'est le sentiment qui se dégageait de l'album selon moi. J'avais cherché des infos sur lui, et j'avais regardé le travail qu'il avait déjà fait, notammment la couverture de l'album de Josh Ritter, mais aussi des publications et honnêtement, j'ai trouvé son travail fantastique. Il n'y avait rien que je n'aimais pas. J'ai donc trouvé son site et j'ai appelé le numéro sur la page d'accueil. Et je suis tombé directement sur sa ligne fixe! Je lui ai dit que oui, logiquement, mon manager aurait du contacter son manager mais que c'était lui que je voulais et que j'allais lui envoyer mon CD et qu'il fallait absolument qu'il l'écoute. Il m'a rappelé et on a parlé de la symbolique de l'album. Je lui ai donné mes idées, Jay en a fait de même. C'est comme ça que l'on est arrivé à l'artwork.

Cette tournée vous a véritablement emmené partout en Europe. Quel est l'endroit que vous avez le plus apprécié?
Nous avons joué dans dix-huit pays en quarante jours, donc je pense en effet que l'on a fait le tour de l'Europe! Mias je dirais qu'on a vaiment beaucoup aimé la Scandinavie. Plus particulièrement la Suède. Mes groupes préférés viennent de la-bas: Soundtrack Of Our Lives, Graveyard, The Hives. Mais nous avons beaucoup aimé la Suisse aussi. C'est un pays magnifique. Et bien sûr la France.

Et dans quelle ville n'avez-vous pas joué mais auriez aimé aller?
Bonne question. Nulle part en Europe vu que je pense que l'on a exploré de fond en comble le continent. Il faudrait que ce soit un endroit tropical en fait. On rêve d'aller jouer en Amérique du Sud. Mais aussi en Australie, et en Nouvelle-Zélande. Dans l'hémisphère sud, ce serait bien.


"Tourner, c'est comme vivre quarante samedi soirs de suite." 

 

As-tu des anecdotes à nous raconter sur cette tournée?
Oh, eh bien il nous est arrivé pas mal de choses sur cette tournée en fait, mais je ne suis pas sûr que ce soit très ...approprié de les raconter. (rires) C'est tout ce que tu peux imaginer d'une tournée et en même temps,ça n'a rien à voir avec l'idée qu'on se fait d'un groupe de rock en tournée. Parfois, c'est la grosse fête comme on se l'imagine - tourner, c'est comme vivre quarante samedi soirs à la suite! Mais plus ça avance, et moins tu agis comme si c'était tout le temps la fête car c'est avant tout un job pour lequel tu dois être frais pour jouer, et c'est un job qui rend les gens heureux. C'est plutôt rare dans une vie. Parfois, des gens viennent te voir à la fin du concert et te disent "c'était la meilleure soirée de ma vie". Et tu as vraiment du mal à réaliser l'importance que tu as pu prendre. c'est vraiment un grand shoot de bonheur- et j'ai eu ça quarante jours de suite.


"Rangez vos portables, on est là, tous ensemble. Vivons ce concert en symbiose, c'est une expérience collective. Lâchez vos écrans!" 

 

Internet a joué une part non négligeable dans votre succès. Tu as trouvé les membres du groupe et le designer de l'artwork sur le net et dans un pays comme la France- où l'on ne peut pas dire que les radios aient beaucoup passé vos titres- vos fans vous ont découverts et suivis via youtube et facebook. Penses-tu que finalement, cela est bien plus efficace que la promo "à l'ancienne"?
Tu sais, les gens sont constamment à la recherche du meilleur rock, de la meilleure pop. Ce que je veux dire, c'est "meilleur" dans le sens "vrai, "authentique", une musique avec laquelle tu te sens en communion. Et il y a tellement de gros groupes ou d'artistes hyper connus avec lesquels tu ne peux pas avoir ce genre de relation. Peu importe que tu deviennes riche ou pas grâce à la musique, l'important est de produire quelque chose d'authentique car c'est vers ça que les gens reviendront toujours. Tu sais, nous n'avons pas cherché à trouve une maison de disques hyper connue, d'ailleurs, nous travaillons avec un petit label indé britannique. Mais c'est vrai que c'est impressionnant de voir l'évolution de nos vidéos sur youtube par exemple. Je me souviens de l'époque où on trouvait peut-être 5 ou 10 vidéos live du groupe. Maintenant, il doit bien y en avoir dix mille! C'est juste incroyable. Les gens passent des concerts entiers leurs téléphones en l'air à filmer et il faut parfois que nous fassions une annonce en disant aux gens "rangez vos portables, on est là, tous ensemble. Vivons ce concert en symbiose, c'est une expérience collective. Lâchez vos écrans!" Maintenant, je comprends aussi que les gens s'éclatent et aient envie de capturer ce moment. Mais l'important reste de vivre le concert, non?

Les Rolling Stones jouent ce soir devant un parterre de 400 privilégiés, des traders me semble-t-il. Quel est ton point de vue sur ce qui a hérissé le poil de nombre fans de rock?
Tu sais, Keith m'a appelé et m'a dit de venir les voir. Mais je lui ai dit que j'avais une date à assurer et j'ai dû refuser. Oui...des traders... c'est étrange, surtout pour un groupe comme les Rolling Stones. Mais en même temps, je ne vais pas faire semblant d'ignorer où ils en sont dans leurs carrières. Ce que je peux cependant te dire, c'est que je suis fan de ce qu'ils ont fait. La période Brian Jones, Ruby Tuesday, wouhou! Dandelion, 2000 Light Years From Home, Mother's Little Helpers, juste le pied total.

Donc ton truc, c'est vraiment la période "1964-1967" au vu des titres que tu cites.
J'ajouterai même les albums qui vont jusqu'à Exile On Main Street en fait.Tu sais, leur décision de jouer dvant des types ultra-riches, c'est finalement un peu normal, ces types pourraient bien être leurs potes! Que Dieu bénisse les Rolling Stones!


Toutes les photos du concert de Nouveau Casino sont en ligne ici pour le premier set, ou encore ici pour le second. Le live report du concert et la setlist sont juste . Enjoy!

Et pour clore, une petite version acoustique de Jordan filmée chez Radio 21 (because Belgium always does it a lot better than France, eh)

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